LIVE NIRVANA INTERVIEW ARCHIVE February 4, 1994 - Paris, FR

Interviewer(s)
Tristan Petit Broussard
Interviewee(s)
Kurt Cobain
Publisher Title Transcript
Destroy The Art XX/XX/1994 Yes (Français)

...Vingt minutes se sont écoulées et nous sommes toujours affalés dans les canapés pendant qu’un roadies écoute de la musique à côté. Mais pendant ce temps, tout le monde attend Kurt pour reprendre la répétition. Lui n’est pas pressé, il continuerait bien à discuter, mais moi je me fais engueuler et suis obligé de mettre un terme à l’entretien. Je n’ai pas eu le temps de le remercier. On s’est à peine dit au revoir et il a disparu avec son regard dans les nuages.

En rencontrant Kurt Cobain, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, comment allait-il être? Et bien, il est très simple, posé, ne sachant jamais s’il en dit trop ou pas assez. Je lui ai d’abord parlé du succès, qui doit beaucoup changer la vie du commun des mortels.

Je pense que je suis resté moi-même, mais les gens autour, eux, changent en fonction de toi.

La presse parle beaucoup de Nirvana, t'intéresses-tu à ce qui est dit sur le group?

Je feuillette la presse, mais je ne lis pas tout, la seule chose que je n’aime pas, c’est qu’on dise des chose fausses sur le groupe ou sur moi. Cela me semble normal de ne pas apprécier qu’on raconte des chose fausses sur soi.

Tu as dit à la presse que tu aimais bien les Raincoats (groupe anglais qui n’a rien fait depuis un dizaine d'années). Depuis on commence à en reparler, elles se sont réformées pour rejouer ensemble ce soir (coïncidence!) a Londres et les disques sont réédités. Que penses-tu de ca?

C’est stupide, je ne comprends pas. Mais c’est vrai, j’aime bien ce groupe.

Une biographie est sortie sur Nirvana. Qui a décidé de faire ce livre? On dit qu’il a été commandé.

C’est l’auteur (Michael Azerrad) qui a décidé de l'écrire, mais je le connais, j’ai confiance en lui.

Tu l’as lu?

Je l’ai parcuru.

J’ai entendu dire que tu es un fan de pop anglaise.

Pas spécialement, mais il y a certains groupes que j’aime bien en Angleterre: les Smiths, Cure, les Raincoats…

Et la scene des Voodoo Queens, Velocity Girls?

Oui, j’aime bien.

Aux Etats-Unis, y a-t-il des groups qui te plaisent en ce moment?

J’ai écouté le dernier Pavement, qui est vraiment très bien.

Connais-tu des groupes français?

Oui, les Thugs, la Mano Negra, heu… je crois que c’est tout.

Les groupes français, à quelques exceptions près, ont du mal à s’exporter.

Oui, je ne comprends pas. Pour moi, un bon groupe est un bon groupe, il peut venir de n’importe ou. Mais c’est peut-être un problème avec les maisons de disques et tous ces gens.

Après “Nevermind”, le tournant a été difficile, avez vous été totalement libres pour faire “In Utero”?

Tu sais, une chanson peut être produite de n’importe quelle façon, la production est un habillage mais ne change rien à la chanson en elle même, si elle est bonne, elle reste bonne. Ce qui comptait avant tout pour “In Utero”, ce sont les morceaux.

Et à propos de Courtney, est-elle venue avec toi en tournée?

Non, elle enregistre un album qui devrait sortir dans quelques mois, puis elle viendra surement jouer ici.

Et que penses-tu des nouveaux morceaux de Hole?

Je n’aime pas parler du travail de ma femme, mais je trouve que ce qu’elle a fait récemment est bien, j’aime particulièrement leur batterie.”

C’est ainsi que nous nous sommes quittes. Je n’ai pas eu le temps de lui demander des nouvelles de Frances Bean (NDLR: sa fille), ni s’il envisageait le futur, et comment il le voyait. Presse par tout ce qu’il y a autour de Nirvana, je n’ai pas eu le temps de la remercier ou de lui dire au revoir. Mais je remercie les astres et tous les autres paramètres qui m’ont permis de réaliser cette rencontre.

© Tristan Petit Broussard, 1994